L’ESSENCE DE L’ACTIVITE DE TRAVAIL, prise de note

L’essence de l’actionélaboration de l’action ou Comment naît l’action de travail ? (Savoyant – CEREQ 2006)

Ø Des tâches et des problèmes sont proposés à un sujet. Pour y répondre celui-ci va initier des actions qui sont réalisées par des opérations. Galperine (1996) donne trois catégories d’opérations selon leur fonction : opérations d’orientation, opérations d’exécution, opérations de contrôle 

Ø Les opérations d’orientation  sont des opérations essentielles à travers lesquelles le sujet va se représenter le résultat à atteindre comme but de son action et ainsi définir la séquence des opérations d’exécution.

Leplat(2000) parle ici de « redéfinition de la tâche » et Savoyant (2005) de « construction du problème par le sujet et pour lui-même ». Il s’agit de la partie cognitive de l’action.

Ø Cette construction du problème sera plus ou moins immédiate, plus ou moins difficile pour le sujet en fonction des connaissances dont il dispose. Ces connaissances sont organisées et structurées dans la base d’orientation (BO) de l’action le « sac à dos professionnel » qui évoluera en permanence au cours de la formation. Il y a d’abord la BO constituée par ce que disent les experts du domaine concerné et qui constitue la référence. Il y a aussi les AFEST effectivement utilisées par le sujet qui seront plus ou moins riches (AFEST reflète plus ou moins toutes les conditions pertinentes) et générales (la AFEST permet plus ou moins de traiter la variabilité).

L’ AFEST comprend : discours des experts, outils, artefacts, mémoire des situations vécues, observées, simulées, connaissances, savoirs en actes, personnes ressources, etc

Savoyant affirme que l’élaboration de l’AFEST peut être fort bien être séparée de la tâche ; le sujet peut être amené à interrompre une action productive pour s’engager dans une action cognitive visant à produire des connaissances.

Ex : Un jeune étudiant va disposer d’un guide méthodologique de formation, puis le faire disparaître petit à petit, puis le faire vivre par la discussion avec son tuteur, puis s’enrichir avec les situations simulées, vécues…etc

Ø Assimilation de l’action :

Disposant d’une AFEST, le sujet dispose de tout ce qui est nécessaire pour réaliser correctement l’action. Encore faut-il qu’il la réalise effectivement. Il s’agit pour lui d’assimiler l’action Galperine (1966). L’assimilation est une intériorisation des opérations. Le débutant disposant du modèle d’action de l’AFEST (ex : modèles de fiches méthodologiques) va réaliser l’action lentement, en faisant de fréquentes opérations d’orientation (redéfinir à chaque fois le problème) et de nombreuses opérations de contrôle (vérifications, comparaisons). Toutes ces opérations vont être automatisées, réduites (utilisation de raccourcis) et intériorisées. Pour les sujets expérimentés, tout cela est complètement intériorisé à tel point qu’il n’y a plus besoin de faire appel au savoir externe. Ce savoir a servi de base pour élaborer et assimiler l’action ; quand cette action est complètement intériorisée, ce savoir n’est plus « détachable » il est constitutif de l’action.

Exemple 1: utilisation d’un logiciel bureautique – En VAE, les professionnelles expérimentées ne parlent même plus de la maîtrise des fonctions d’un logiciel bureautique – Ces savoirs ne sont plus détachables de l’action

Exemple 2 : Mentionnons ici l’exemple trivial du montage ou de l’installation d’un appareil avec un mode d’emploi. Certains vont se contenter de la BO constituée par la documentation produit et le mode d’emploi. Cette BO est peu généralisable à d’autres actions et le sujet devra à chaque fois procéder de même pour une autre installation. D’autres choisiront de se passer de cette BO minimale et préfèreront se constituer leur propre BO par tâtonnements empiriques (AR incessants entre les opérations d’orientations, d’exécution, de contrôle). D’autres enfin disposant d’une BO généraliste (connaissances de réference, concepts d’action, connaissances issues d’expériences assimilées, etc) vont être capables de se créer une BO immédiatement applicable et agir sans le mode d’emploi avec une grande efficacité. Cette BO leur permet donc d’affronter la variabilité.

Action, conceptualisation ou Quels rapports y a t-il entre connaissances et actions ?

Ø Il n’y a pas primauté de la connaissance sur l’action ni de l’action comme seul lieu de conceptualisation. Il y a un rapport dialectique et dynamique entre les deux.

Ø Certains pourraient considérer que l’action visant un but immédiat n’a pas besoin de représentations conceptuelles. Il y aurait une connaissance autonome liée à l’action. Il s’agit en fait de situations de travail où les connaissances sont incorporées très étroitement à l’action à tel point qu’on ne peut guère les distinguer (Leplat, 1995) par exemple dans les conduites automatisées. Se limiter à ce point de vue conduirait à réduire la compétence à une habileté[1]

Ø Postulat : Il y a bien des objets conceptuels en actes qui permettent à chacun de prélever sur la situation l’information juste pertinente pour agir (Vergnaud). On parle ici de concepts pragmatiques au sens où ils ne retiennent que les propriétés et relations utiles pour l’action.

Le développement est permis par la conceptualisation des situations. Le travail de conceptualisation s’appuie sur des mécanismes de prise de conscience[2] et prend sa source dans l’action.

La conceptualisation participe à la construction  d’invariants de l’action à un niveau supérieur en les décontextualisant des situations particulières et en étendant ses organisateurs d’activité, le sujet peut construire des classes de situations de plus en plus riches lui permettant d’affronter la variabilité des situations.

Si les compétences sont très « situées », il existe cependant des « invariants » pris comme « raccourcis » reproductibles à une classe de situations.

Ex : « vérifier l’exactitude orthographique et la prononciation du nom d’un interlocuteur » peut être un invariant qu’un assistant, au départ familiarisé avec le téléphone, peut étendre à toutes les situations de prise de contact. Il utilisera des organiseurs d’activité (répétition, carte de visite, prise de note) et mobilise, entre autres, un concept en action du type « respect de l’identité » (qui n’est pas la connaissance « identité »)

[1] voir par exemple la « vitesse de frappe » en bureautique qui apparemment n’incorpore pas de connaissances en dehors de l’action

[2] d’où l’importance de l’analyse réflexive

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Créateur d'AFEST Sofiane

Créateur d'AFEST Sofiane

Formateur d'enseignants de formateurs et de cadres pédagogiques.

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