Distinguer « être compétent  » et « avoir des compétences  »

 

Bonjour

je partage avec vous une réflexion de GUY LE BOTERF sur la distinction entre « être compétent  » et « avoir des compétences  »

Cette question de m’a conduit à tirer les conséquences de la distinction essentielle que je faisais entre « être compétent  » et « avoir des compétences  ». On peut avoir beaucoup de compétences mais n’être pas compétent. Avoir des compétences est une condition nécessaire mais non suffisante pour être compétent.

Tous les projets et dispositifs actuels comme les projets ou plan d’investissement dans les compétences, l’anticipation des besoins de compétences, les objectifs de cursus de formation en termes de blocs de compétences, la réforme de la formation professionnelle mettant au premier plan le développement des compétences, la finalisation de cursus de formation sur des blocs de compétences sont indispensables. 

Mais sont-ils suffisants face à la demande de professionnalisme ?

Être compétent, c’est savoir agir c’est-à-dire mettre en œuvre une pratique professionnelle pertinente pour gérer une situation en mobilisant dans cette pratique une combinatoire appropriée de ressources internes (ou personnelles) et externes (banques de données, personnes ressources…)

Avoir des compétences, c’est avoir des ressources (connaissances, habiletés, aptitudes, capacités émotionnelles…) pour agir avec compétence.

Le nouveau paradigme : une définition duale de la compétence

Autant cette distinction se révélait utile et pertinente dans les interventions de conseil ou d’accompagnement que je réalisais, autant un « flou  » persistait sur la définition du concept de compétence : désignait-il le processus du savoir agir en situation ou désignait-il les ressources à combiner et mobiliser ? Choisir l’un ou l’autre terme de l’alternative était à chaque fois insatisfaisant.

C’est alors que m’est apparue la nécessité pour sortir de cette impasse, de changer de raisonnement en m’inspirant de la façon de raisonner dans la physique quantique avec le principe de dualité. C’est ce que j’explique dans mon dernier ouvrage : de même qu’un objet quantique comme quanta de lumière une compétence peut se définir comme une onde ou comme un corpuscule selon le dispositif d’observation que l’on utilise, de même il est possible de définir de façon duale la compétence selon le point de vue où l’on se situe.

Cela m’a conduit à créer la définition « duale  » de la compétence Le tableau suivant en précise à la fois le contenu et la façon de raisonner qui le sous-tend.

Une telle définition avec le paradigme où elle prend place possède divers avantages et conséquences pratiques que je développe dans mon récent ouvrage :

  • la notion de travail est prise en compte dans le processus du savoir agir en situation. Savoir agir c’est être capable de mettre en œuvre une « pratique professionnelle  » pertinente en situation. Une pratique professionnelle ne se réduit pas à une activité à réaliser, à mobiliser des compétences, mais caractérise la façon de réaliser cette activité, sa façon d’agir. Le savoir agir c’est le savoir travailler. Il me semble qu’il est grand temps de réintroduire la notion de travail que les approches par compétences ont fini par oublier. Je ne ferai pas confiance à un professionnel qui ne sait pas travailler ;
  • les référentiels métiers et compétences peuvent être construits sur la base des familles de situations professionnelles où il faut agir avec pertinence et compétence ;
  • une des fonctions principales du management de proximité est de construire l’environnement nécessaire pour que les professionnels concernés puisent agir avec pertinence et compétence en situation ;
  • la formation professionnelle initiale ou continue peut être finalisée et organisée pour préparer les apprenants à devenir des professionnels compétents ou à progresser dans leur professionnalisme ;
  • le raisonnement en termes de savoir agir permet de prendre en compte la notion de décision et l’initiative, largement absente des raisonnements en termes de listes de savoirs, de savoir-faire et de savoir être ou, plus généralement, en termes de listes de compétences. J’attends d’un professionnel compétent qu’il sache prendre des initiatives et des décisions pertinentes et en temps opportun dans les situations qu’il doit traiter.

Beaucoup d’organisations utilisent encore une définition de la compétence en termes de « savoirs, savoir-faire et savoir être  » et y sont attachées. De plus, comme vous le disiez au début de cet entretien, elle est facile à comprendre. Votre nouveau paradigme sur la définition duale de la compétence vous conduit-elle à la conclusion qu’il faut définitivement abandonner cette définition classique ? 

Assurément non. De mon point de vue il ne s’agit pas de remplacer un paradigme par un autre mais d’insérer ce paradigme dans un paradigme plus large qui est celui du « professionnel compétent  ».Raisonner en termes de savoirs, savoir-faire et savoir être , même si on change le vocabulaire), reste un raisonnement en termes de ressources .Il peut être nécessaire mais il ne saurait être suffisant.

Au terme de cet entretien, quel message final aimeriez-vous transmettre à nos lecteurs ?

En vous remerciant de cet entretien, j’aimerai conclure en mettant en avant que raisonner en termes de « professionnels compétents  » permet certes de répondre à la demande croissante de professionnalisme mais aussi de sortir de raisonnements abstraits sur les compétences : les compétences n’existent pas en soi. Je n’ai jamais rencontré ou vu des compétences. Vous non plus certainement. Seuls existent dans les entreprises et les organisations des professionnels plus ou moins compétents. On ne manage pas des compétences mais des personnes plus ou moins compétentes 

 

Entretien avec Guy LE BOTERF

close

Créateur d'AFEST Sofiane

Créateur d'AFEST Sofiane

Formateur d'enseignants de formateurs et de cadres pédagogiques.

Laisser un commentaire