Réformer Pôle emploi, renforcer l’alternance… ce rapport qui presse l’exécutif d’améliorer la formation professionnelle

Réformer Pôle emploi, renforcer l’alternance… ce rapport qui presse l’exécutif d’améliorer la formation professionnelle

Voilà un rapport qui pourrait alimenter les discussions sur la formation professionnelle. Alors que les partenaires sociaux et le ministère du Travail ont commencé à se concerter sur les améliorations à apporter à la réforme de la formation professionnelle de 2018, un groupe de 26 économistes français et internationaux vient de remettre un rapport sur les “grands défis économiques” au président de la République. Parmi ces “grands défis”, on retrouve la lutte contre les inégalités économiques.

Or “les inégalités revêtent des dimensions multiples, la principale étant sans doute le degré d’accès à un emploi de qualité et à une vie professionnelle satisfaisante”, écrivent les auteurs du rapport, piloté par Olivier Blanchard et Jean Tirole. Dans ce cadre, “la formation professionnelle est essentielle” et “elle pourrait être considérablement améliorée”, soulignent-ils, comparant même “les faiblesses du système éducatif et de la formation professionnelle”, ainsi que “le manque de préparation face aux pandémies ou aux progrès de l’intelligence artificielle”, à de véritables “bombes à retardement”.

La France s’est déjà engagée pour améliorer la formation professionnelle, avec notamment la création du compte personnel de formation (CPF) et d’une nouvelle structure chargée de la coordination, du financement et de la certification de la formation professionnelle, France Compétences. “Il s’agit d’une avancée potentiellement très importante mais cela reste à confirmer. France Compétences devra relever les défis suivants : réduire le trop grand nombre d’organismes de formation, fournir aux personnes à la recherche d’une formation des informations objectives sur la nature et la qualité des différentes offres de formation, apporter le soin nécessaire à la certification des programmes de formation et faire en sorte que les bénéficiaires de formation soient ceux qui en ont le plus besoin”, insistent les auteurs du rapport.

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Et pour eux, il faut en faire encore plus. La commission d’économistes appelle dans un premier temps à revoir en profondeur le rôle de Pôle emploi dans la formation professionnelle des Français. En complément, elle propose également de fournir des incitations supplémentaires pour que les salariés et les entreprises s’impliquent davantage dans la formation. Aujourd’hui en effet, “l’association d’un impôt négatif sur le revenu (la prime d’activité), de subventions directes aux employeurs pour les travailleurs à bas salaires et d’importantes réductions des cotisations patronales sur les bas salaires a abaissé le coût des travailleurs peu qualifiés tout en augmentant le revenu de ces derniers”, selon le rapport. Du coup, ces travailleurs ne sont que “peu” incités “à rechercher de meilleurs emplois” et, “symétriquement”, pour les entreprises, le bénéfice d’investir dans l’élargissement des compétences de leurs salariés est réduit.

Renforcement de l’alternance, investissement dans la formation des seniors et développement de formations dédiées aux “compétences comportementales” font également partie des pistes d’amélioration proposées dans ce rapport. Revue de détail des recommandations faites en matière de formation professionnelle par les 26 économistes à l’origine de ce rapport.

Renforcer le rôle de Pôle emploi dans la formation professionnelle

Les auteurs du rapport insistent : pour développer la formation professionnelle en France, il faut revoir en profondeur les missions de Pôle emploi. Selon eux, l’organisme public devrait faire preuve d’une “plus grande proactivité” lorsqu’il s’agit d’aider les travailleurs dont les emplois sont menacés par la restructuration d’une entreprise, mais aussi engager une réelle “réflexion, aux côtés des entreprises, sur le contenu des emplois et les parcours d’évolution de carrière afin d’en renforcer l’attractivité”.

Pour la formation professionnelle, Pôle emploi est déjà en lien avec les employeurs. Mais cette interaction “peut être renforcée à plusieurs niveaux”, estime le groupe d’économistes. L’organisme pourrait ainsi “jouer un rôle plus important dans la définition des besoins de compétences et lorsqu’il s’agit de vérifier que l’offre des organismes de formation locaux est adaptée. Cela nécessiterait une coopération étroite avec France Compétences, la nouvelle entité chargée de veiller à la qualité des organismes de formation grâce à leur certification et à une évaluation constante”, peut-on lire dans le rapport.

Ce rôle d’intermédiaire est d’autant plus important pour les plus petites sociétés. Car si les entreprises de plus grande taille “peuvent être très bien placées pour formuler clairement leurs besoins en matière de compétences auprès des organismes de formation privés, les plus petites entreprises sont peut-être moins en mesure de le faire. Pôle emploi a un rôle utile à jouer à ce niveau pour assurer la coordination et la consolidation des besoins de ces employeurs de plus petite taille en veillant à leur satisfaction”, détaille le groupe d’économistes.

Le rapport propose également que Pôle emploi contribue “à corriger certains défauts éventuels du CPF”. “Les travailleurs peuvent en effet ne pas disposer d’informations suffisantes sur les types de formations correspondant le mieux à leurs besoins professionnels et aux parcours visés. Les employeurs peuvent quant à eux avoir un a priori défavorable aux formations car elles éloignent les travailleurs de leur poste et pourraient ne pas leur être directement profitables. Pôle emploi peut alors agir comme un intermédiaire impartial et fournir des conseils aussi bien aux travailleurs qu’aux entreprises. Par exemple, les employeurs pourraient être encouragés à compléter les financements destinés aux types de formation les plus susceptibles de favoriser des mobilités internes”, détaille le groupe d’économistes.

Inciter les employeurs à investir dans la formation de leurs salariés

En complément du renforcement des missions de Pôle emploi, le rapport préconise également de prévoir des mesures pour inciter les employeurs à investir dans la formation de leurs salariés. Ainsi, pour les employeurs, “des allègements de cotisations sociales sur les bas salaires pourraient être conditionnés à l’offre de formation de qualité”, proposent les auteurs du rapport. En parallèle, les employeurs pourraient aussi verser “un abondement supplémentaire au compte personnel de formation du salarié” qui s’adresserait aux “travailleurs peu qualifiés” et qui ciblerait les formations dont “les qualifications devraient être entièrement certifiées et adaptées aux besoins sectoriels à l’échelle locale”. “Le fait de subordonner la réduction des cotisations patronales à l’offre de telles formations augmenterait le coût de l’emploi, dont une partie pourrait être compensée, via une forme de partage de l’abondement entre l’entreprise et l’État”, imagine le groupe d’économistes.

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Inciter directement les salariés à se former

Du côté des salariés aussi, les auteurs du rapport proposent d’aller plus loin que le CPF et exposent différentes pistes d’incitation à la formation. Et ce, “notamment sous forme de bourses ou de prêts non remboursables si les fonds sont utilisés à des fins de formation”, écrivent-ils. Ils prennent ainsi l’exemple de la Norvège, où “chaque étudiant bénéficie d’un prêt de 1.150 euros par mois, dont les remboursements sont subordonnés aux revenus futurs, la dette étant réduite si l’étudiant a de bons résultats et ne prend pas de retard dans l’obtention de son diplôme.” Selon le groupe d’économistes, “il serait utile de réfléchir à la manière de concevoir une politique similaire pour les jeunes travailleurs” en France.

Affecter les recettes des droits de succession à des comptes de formation pour les jeunes

Le rapport propose de conjuguer ces prêts à une autre mesure plus originale, qui consisterait à affecter les recettes fiscales des droits de succession à des comptes de formation ou d’éducation pour les plus jeunes. Ainsi, “il pourrait être judicieux de faire une entorse aux principes des finances publiques en affectant les recettes fiscales des droits de succession à une redistribution financière favorisant l’égalité des chances”, signalent les auteurs du rapport. “Sans privilégier une action plutôt qu’une autre, ces recettes fiscales affectées pourraient servir à créer des comptes individuels auxquels les jeunes les moins favorisés pourraient recourir pour éviter de devoir travailler trop lorsqu’ils étudient ou se forment, ou des comptes financiers auxquels les enfants défavorisés pourraient avoir accès lorsqu’ils deviennent adultes”.

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Développer encore davantage l’alternance

L’an dernier, 440.000 contrats d’apprentissage ont été signés. Un nombre record, malgré la crise. Mais selon le groupe d’experts, “les formations qui alternent emploi et études sont encore peu répandues. Seulement un quart des élèves de l’enseignement secondaire professionnel suivent un tel mode de formation” en France. D’ailleurs, selon une enquête menée dans le cadre de ce rapport, 60% des répondants se sont déclarés favorables à l’augmentation du nombre de formations en alternance. “Un exemple de bonne pratique est le système néerlandais Katapult, réseau de partenariats public-privé entre des entreprises, des centres de recherche et des écoles, dont le but est (principalement) de former des élèves de l’enseignement et de la formation professionnels et de mettre en commun des pratiques innovantes”, illustrent les économistes.

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Améliorer la formation professionnelle des “seniors”

Pour le groupe d’experts, “il faut concentrer l’effort sur la formation tout au long de la vie professionnelle”. Et l’accent doit notamment être mis sur la formation des “seniors.” Car chez eux, “les niveaux de qualification sont plus faibles que chez les travailleurs plus jeunes du fait de l’ancienneté des études et du manque de remise à niveau”, souligne le rapport. La formation professionnelle peut ainsi être une manière de “lutter contre la discrimination fondée sur l’âge”.

“Les mesures de mise à niveau des compétences destinées aux seniors sans emploi”, ainsi que la formation continue, sont d’ailleurs des domaines dans lesquels “les politiques actives du marché du travail ont fait leurs preuves”, constatent les auteurs du rapport. Or “la France dépense une part relativement moindre de ses budgets de formation professionnelle pour les seniors que des pays (le Danemark par exemple) où la proportion de seniors parmi les chômeurs est similaire”, pointent-ils.

Proposer plus de formations pour développer les “soft skills” des salariés

Les auteurs du rapport insistent également sur l’importance des “soft skills”, les compétences comportementales. Dans un ouvrage de 2019, l’économiste Philippe Aghion parlait déjà d’une “prime d’innovation aux compétences comportementales”. Il a ainsi observé, à partir de données britanniques, que des travailleurs peu qualifiés étaient aussi bien rémunérés que les autres dans les entreprises les plus innovantes. Il a interprété ce comportement comme une preuve de “rémunération” de certains soft skills, comme la fiabilité du travail ou l’aptitude à travailler en équipe. S’appuyant sur cette étude, le groupe d’économistes estime donc qu’il “peut être nécessaire que l’offre de formation porte à la fois sur les compétences techniques et sur les compétences comportementales”.

 

https://www.capital.fr/votre-carriere/reformer-pole-emploi-renforcer-lalternance-ce-rapport-qui-presse-lexecutif-dameliorer-la-formation-professionnelle-1407362

 

Sofiane Créateur d'AFEST

Sofiane Créateur d'AFEST

Formateur d'enseignants de formateurs et de cadres pédagogiques.

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